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Thème 4 : Situations Recherche hors classe

L’analyse des apprentissages et des changements des représentations des sciences à l’issue de visites de musées scientifiques complètera le travail de recherche effectué in situ dans les classes par un volet orienté sur la médiation culturelle. Les musées de sciences et les expositions scientifiques ont fait l’objet de nombreux programmes de recherche, qui ont étudié successivement les expositions comme des médias (Davallon), puis comme des dispositifs sémiopragmatiques (Davallon, Veron) ou sociosémiotiques (Jacobi).

Parallèlement, l’analyse des publics est largement pratiquée par les institutions culturelles, avec cette limite que la plupart d’entre elles relève d’une sociodémographie des publics assez classique, mettant en vis-à-vis les catégories socioprofessionnelles, d’une part, et les modes d’intérêt pour la culture ainsi que l’aisance dans les usages des lieux de culture, d’autre part. Ce type d’analyse privilégie assez naturellement une vision déterministe du rapport entre classes sociales d’origine et/ou d’appartenance et fréquentation éclairée de la culture. Il comporte des limites aujourd’hui largement admises, dans la mesure où il ne parvient pas à rendre compte des comportements « déviants » par rapport aux normes sociales, autrement que par le régime d’exception (individus hors normes par rapport à leur milieu, trajectoires atypiques, etc.). Il ne parvient pas non plus à renseigner sur ce que font les visiteurs dans les musées, et de quelle manière ils usent des dispositifs qui leur sont proposés. De la même façon, ces études rendent peu compte du travail des médiateurs culturels, notamment avec des publics considérés comme étant en grande difficulté scolaire, sociale, économique. Au-delà de la visite guidée et de l’animation au sein de l’exposition, les différentes modalités de prise en charge active de ces publics, notamment dans des situations d’expérimentation lorsqu’elles ont une forte composante formative, sont peu étudiées. Or, nous savons (Bordeaux, Burgos et Guinchard, 2005), que les musées sont les structures culturelles les plus investies dans l’accueil et la médiation pour les publics considérés comme étant en particulière difficulté, dits « publics spécifiques ». Cet investissement ne se mesure pas sur le plan quantitatif (chiffres de fréquentation), mais plutôt sur le plan qualitatif (mode d’accueil et d’accompagnement), avec la création de démarches et d’outils culturels qui vont bien au-delà des fonctions classiques d’accueil et de médiation généraliste. Il se traduit également par des formes d’inventivité culturelle qui s’appuient sur des modes de transpositions (dont nous postulons qu’elles sont de nature différente de la transposition pédagogique), des processus d’interprétation (au sens de F. Tilden) et l’invention d’artefacts qui se distinguent de ceux qui sont créés à des fins d’exposition. Ces médiations se situent en tension entre les enjeux communicationnels de la structure dans laquelle elles s’exercent, les enjeux sociétaux auxquels sont confrontés les médiateurs, et les enjeux d’identité du musée, qui affirme sa différence en matière de transmission culturelle par rapport à la sphère de l’éducation, de l’animation et de la formation. Conçus, dans leur genèse, comme des espaces pour l’éducation, les musées d’art et de science ont en effet développé des approches et des techniques qu’ils considèrent comme différentes des approches pédagogiques, et comme intrinsèquement différents des modes de transmission développés dans la sphère éducative et la sphère socioculturelle.

Le travail d’analyse revisitera ce discours par l’analyse des pratiques, notamment en vérifiant si la médiation effective se situe du côté d’une approche ludique des savoirs ou si elle s’appuie sur une mise à disposition de ressources culturelles et sur des modes spécifiques d’accompagnement des publics et des pratiques. La question de la singularité et de la transversalité des outils et des démarches sera étudiée : quelles utilisations sont faites des outils avec des publics différents (scolaires, scolaires en difficulté d’apprentissage, adultes en formation de base) ? Enfin, l’étude de ce que font les visiteurs des musées de science et des expositions scientifiques, lorsqu’ils sont associés, de manière plus ou moins prescrite, à des activités participatives, dans une démarche de partenariat du musée avec d’autres mondes professionnels, sera au coeur de ce thème.

Références

Bordeaux Marie-Christine (dir.), Dossier « Il n’y a pas de public spécifique », L’Observatoire [32], hiver 2007

Bordeaux Marie-Christine « Un agir communicationnel propre à l’action culturelle : la médiation culturelle confrontée au phénomène de l'illettrisme », in Culture et Musées [11], 2008, Arles : Actes Sud, p. 59-77

Bordeaux Marie-Christine, « Les enjeux de la médiation culturelle au musée », in Duclos Jean-Claude (dir.), Musée et société aujourd'hui, 2008, Ed. Patrimoine en Isère / Musée dauphinois, p. 188-194

Bordeaux Marie-Christine, Burgos Martine, Guinchard Christian, 2005, Action culturelle et lutte contre l’illettrisme, La Tour d’Aigues : Ed. de l’Aube

Caillet (Elisabeth). 1995. A l’approche du musée, la médiation culturelle. Lyon : P.U.L.

Davallon (Jean). 1998. « Cultiver la science au musée ? » in Schiele (Bernard). & Koster (Emlyn). 1998. La révolution de la muséologie des sciences, Lyon : PUL, p. 397-434.

Davallon (Jean). 1999. L’exposition à l’oeuvre. Paris : L’Harmattan.

Eidelman (Jacqueline), Roustan (Mélanie), Goldstein (Bernadette). 2007. La place des publics Des l’usage des études et recherches par les musées, Paris : La documentation française, Collection Musées-Mondes.

Eidelman (Jacqueline), Van Praet (Michel), 2000. La muséologie des sciences et ses publics, Paris : puf.

Gauchet-Lopez (Maud) & Poli (Marie-Sylvie). 2004. « Musées de sciences et publics : du modèle de la diffusion du savoir au principe d'interaction sociale » in Actes du colloque La publicisation de la science,24-26 mars 2004, Université Grenoble 3 pp. 20-25.

Jacobi Daniel, 2005, Les sciences communiquées aux enfants, Grenoble : PUG

Jacobi Daniel, Schiele Bernard, 1988, Vulgariser la science : Le procès de l’ignorance, Seyssel : Ed. Champvallon

Pailliart Isabelle (dir.), 2005. La publicisation de la science : Exposer,communiquer, débattre, publier, vulgariser, Grenoble : P.U.G.

Poli (Marie-Sylvie). 2007. « Forum de savoirs, jeux de pouvoirs : les tensions du discours muséographique sur les sciences », Culture et Musées, 10, Évolution des rapports en science et société au musée,p.63-76.

Revue Culture & Musées, Arles : Actes Sud

Revue La lettre de l’OCIM (office central de coopération et d’information muséographiques)

Schiele Bernard, Koster Emlyn, 1998, La révolution de la muséologie des sciences, Lyon : PUL

Veron Eliseo, 1983, Ethnographie de l’exposition, Paris : BPI centre Georges Pompidou



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